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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/236

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

— Non, mon ami, dit le vicaire de Campagne, ne le rappelez pas. Je me sens bien mieux, d’ailleurs. Laissez-moi faire seul quelques pas.

Il s’éloigna en chancelant. Son pas se raffermissait à mesure. Quand il s’approcha de nouveau, il était calme.

— Vous le connaissez ? demanda-t-il.

— Qui ça ? répondit l’autre, surpris.

Et, se reprenant aussitôt :

— Le gars de Marelles ! s’écria-t-il joyeusement. Si je le connais ! Le mois passé, à la foire de Fruges, il m’a vendu deux pouliches. Ainsi !… Mais, si vous m’en croyez, monsieur l’abbé, nous ferons côte à côte un bout de chemin. De marcher, ça vous remettra plutôt. Je vais de ce pas aux carrières d’Ailly, où je travaille. D’ici là, vous vous tâterez. Si vous vous sentez plus mal, vous trouverez une voiture, chez Sansonnet, au cabaret de la Pie voleuse.

— Avançons donc, répondit le futur saint de Lumbres. J’ai repris mes forces. Tout va très bien, mon ami.

Ils marchèrent ensemble un moment. Et c’est alors que l’abbé Donissan connut le véritable sens d’une certaine parole entendue : « Un prochain avenir prouvera si j’ai menti ou non. »

Ils allaient, d’abord lentement, puis plus vite.