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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/232

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

tout à l’heure, terrible aux démons, exorciste, thaumaturge, saint de mon cœur !

À chaque éclat de rire, l’abbé Donissan tressaillait, pour retomber aussitôt dans une immobilité stupide, son cerveau engourdi ne formant plus aucune pensée.

L’autre se frottait vigoureusement les paumes.

— Quelle grâce ?… Quelle grâce ?… répétait-il en imitant comiquement sa victime… Dans le combat que tu nous livres, il est facile de faire un faux pas. Ta curiosité te donne à moi pour un moment.

Il s’approcha, confidentiel :

— Vous ignorez tout de nous, petits dieux pleins de suffisance. Notre rage est si patiente ! Notre fermeté si lucide ! Il est vrai qu’Il nous a fait servir ses desseins, car sa parole est irrésistible. Il est vrai — pourquoi le nierais-je ? — que notre entreprise de cette nuit paraît tourner à ma confusion… (Ah ! quand je t’ai pressé tout à l’heure, sa pensée s’est fixée sur toi et ton ange lui-même tremblait dans la giration de l’éclair !) Cependant, tes yeux de boue n’ont rien vu.

Il s’ébroua dans un rire hennissant :

— Hi ! Hi ! Hi ! De tous ceux que j’ai vus marqués du même signe que toi, tu es le plus