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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/231

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

jamais quittée. La main du futur saint de Lumbres retomba. Chose étrange ! Après avoir soutenu tant de visions singulières ou farouches, il osait à peine lever les yeux sur cette apparence inoffensive, ce bonhomme si prodigieusement semblable à tant d’autres. Et le contraste de cette bouche à l’accent familier, au pli canaille, et des paroles monstrueuses était tel que rien n’en saurait donner l’idée.

— Ne t’échappe pas si vite. Ne sois pas trop gourmand de nos secrets. Un prochain avenir prouvera si j’ai menti ou non. D’ailleurs, si tu t’étais donné la peine, il n’y a qu’un instant, de voir ce que je te mettais sous les yeux, tu pourrais te dispenser de m’injurier. (Il employa un autre mot.) Tel tu t’es vu toi-même, te dis-je, tel tu verras quelques autres… Quel dommage qu’un don pareil à un lourdaud comme toi !

Il souffla dans ses deux mains jointes, en faisant vibrer les lèvres, ainsi qu’un homme saisi d’un grand froid. Ses yeux riaient dans sa face rougeaude, et leur extrême mobilité, sous les paupières demi-closes, pouvait aussi bien exprimer la joie que le mépris. Mais la joie l’emporta.

— Ho ! Ho ! Ho ! quel embarras ! quel silence ! disait-il en bégayant… Vous étiez plus fringant