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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

que celui… (Commencée dans un ricanement, sa phrase s’achevait sur le ton de la terreur.) Il n’est pas loin… Je le flaire depuis un instant… Ho ! Ho ! que ce maître est dur !

Il trembla de la tête aux pieds. Puis sa tête s’inclina sur l’épaule, et son visage s’éclaira de nouveau, comme s’il entendait décroître le pas ennemi. Il reprit :

— Tu m’as pressé, mais je t’échappe. M’arrêter dans mes entreprises ! Fou que tu es ! je n’ai pas fini de m’emplir de sang chrétien ! Aujourd’hui une grâce t’a été faite. Tu l’as payée cher. Tu la paieras plus cher !

— Quelle grâce ? s’écria l’abbé Donissan.

Il eût voulu retirer cette parole, mais l’autre s’en empara aussitôt. La bouche impure eut un frisson de joie.

— Ainsi que tu t’es vu toi-même tout à l’heure (pour la première et dernière fois), ainsi tu verras… tu verras… hé ! hé !…

— Qu’entends-tu par là, menteur ? cria le vicaire de Campagne.

Comme si le cri de la curiosité, en dépit de l’outrage, l’eût tout à fait rétabli dans son équilibre, remis d’aplomb, l’être étrange se dressa lentement, s’assit avec un calme affecté, boutonna posément sa veste de cuir. Le maquignon picard était à la même place, comme s’il ne l’eût