Ouvrir le menu principal

Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/220

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
228
SOUS LE SOLEIL DE SATAN

— Laisse-moi. Ton expérience est finie. Je ne te savais pas si fort. Nous nous reverrons plus tard sans doute. Même, si tu le désires, nous ne nous reverrons plus du tout. Depuis une minute, je n’ai plus aucun pouvoir sur toi.

Il retira de sa poche le large mouchoir, et s’essuya frénétiquement le visage et les mains. La respiration faisait entre ses lèvres un sifflement douloureux.

— Ne bredouille pas tes prières. Tais-toi. Ton exorcisme ne vaut pas un clou. C’est ta volonté que je n’ai pu forcer. Ô singulières bêtes que vous êtes !

Il regardait à droite et à gauche avec une inquiétude grandissante. Même il se retourna subitement, et scruta l’ombre, derrière lui.

— Cette guenille commence à me peser, fit-il encore, en agitant violemment les épaules. Je me sens mal dans ma gaine de peau… Donne un ordre, et tu ne trouveras plus rien de moi, pas même une odeur…

Il resta un long moment, le visage entre ses paumes, comme pour recueillir des forces. Quand il releva la tête, l’abbé Donissan, pour la première fois, vit ses yeux, et gémit.

Celui qui, noué des deux mains à la pointe extrême du mât, perdant tout à coup l’équilibre