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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

agité tout à l’heure, sur la route, mon cher ami… Pour moi, j’ai froid, je l’avoue… J’ai toujours froid… Ce sont là des choses que vous ne me ferez pas aisément dire… Elles sont vraies pourtant… Je suis le Froid lui-même. L’essence de ma lumière est un froid intolérable… Mais laissons cela… Vous voyez devant vous un pauvre homme, avec les qualités et les défauts de son état… un courtier en bidets normands et bretons… un maquignon, qu’ils disent… Laissons cela encore ! Ne considérez que l’ami, le compagnon de cette nuit sans lune, un bon copain… N’insistez pas ! Ne pensez point obtenir beaucoup d’autres renseignements sur cette rencontre inattendue. Je ne désire que vous rendre service, et que vous m’oubliiez aussitôt. Je ne vous oublierai pas, moi. Vos mains m’ont fait beaucoup de mal… et aussi votre front, vos yeux et votre bouche… Je ne les réchaufferai jamais : elles m’ont littéralement glacé la moelle, gelé les os ; ce sont les onctions, sans doute, votre sacré barbouillage d’huiles consacrées — des sorcelleries. N’en parlons plus… Laissez-moi aller…. J’ai encore un long ruban de route. Je ne suis pas rendu. Quittons-nous ici. Tirons chacun de notre côté.

Il marchait de long en large, avec agitation, avec colère, gesticulant, mais sans s’écarter de