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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

C’est alors, c’est à ce moment même, et tout à coup, bien qu’une certitude si nouvelle ne s’étendît que progressivement dans le champ de la conscience, c’est alors, dis-je, que le vicaire de Campagne connut que, ce qu’il avait fui tout au long de cette exécrable nuit, il l’avait enfin rencontré.

Était-ce la crainte ? Était-ce la conviction désespérée que ce qui devait être était enfin, que l’inévitable était accompli ? Était-ce cette joie amère du condamné qui n’a plus rien à espérer ni à débattre ? Ou n’était-ce pas plutôt le pressentiment de la destinée du curé de Lumbres ? En tout cas, il fut à peine surpris d’entendre la voix qui disait :

— Calez-vous bien… ne tombez pas, jusqu’à ce que ce petit accès soit passé. Je suis vraiment votre ami — mon camarade — je vous aime tendrement.

Un bras ceignait ses reins d’une étreinte lente, douce, irrésistible. Il laissa retomber tout à fait sa tête, pressée au creux de l’épaule et du cou, étroitement. Si étroitement qu’il sentait sur son front et sur ses joues la chaleur de l’haleine.

— Dors sur moi, nourrisson de mon cœur, continuait la voix sur le même ton. Tiens-moi ferme, bête stupide, petit prêtre, mon