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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

répliqua paisiblement l’étranger. Il faut seulement patienter. Un bon remède, la patience, l’abbé… Moins brutal que bien d’autres, mais tellement plus sûr !

— La patience… commença l’abbé Donissan d’une voix déchirante. La patience…

Il inclinait presque malgré lui la tête sur l’épaule de son singulier compagnon. Sa main n’avait point lâché non plus le bras déjà familier. Le vertige ceignait sa tête d’une couronne souple, et pourtant resserrée peu à peu, inflexible. Puis il défaillit, les yeux grands ouverts, parlant en rêve…

— Non ! ce n’est pas la fatigue qui m’eût accablé à ce point : je suis fort, robuste, capable de lutter longtemps — mais pas contre certains — pas de cette manière, en vérité…

Il lui sembla qu’il glissait dans le silence, d’une chute oblique, très douce. Puis tout à coup, la durée même de ce glissement l’effraya ; il en mesura la profondeur. D’un geste instinctif, prompt comme sa crainte, il se hissa des deux mains vers l’épaule qui ne plia point.

La voix, toujours amicale, mais qui sonna terriblement à ses oreilles, disait ;

— Ce n’est qu’un étourdissement… là… rien de plus… Appuyez-vous sur moi : ne craignez