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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/205

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

amical… Nous coupons au court, à travers champs, vers Chalindry : je connais les clôtures ; j’irais les yeux fermés.

— Je vous remercie, dit l’abbé Donissan, débordant de reconnaissance. Je vous remercie de votre obligeance et de votre charité. Tant d’étrangers m’eussent laissé sans secours : il y a de bonnes gens auxquels ma pauvre soutane fait peur.

Le petit homme siffle avec dédain :

— Des nigauds, fait-il, des ignorants, des culs-terreux qui ne savent pas lire. J’en rencontre assez souvent, sur les marchés, dans les foires de Calais jusqu’au Havre. Que de bêtises on entend ! Que de misères ! J’ai un frère de ma mère prêtre, moi qui vous parle.

Il se pencha de nouveau vers une haie épaisse et courte, hérissée d’épines ; après l’avoir tâtée, reconnue de ses longs bras agiles, entraînant le vicaire sur la droite, avec une vivacité singulière, il découvrit une large brèche et, s’effaçant pour le laisser passer ;

— Constatez vous-même, fit-il, je n’ai pas besoin d’y voir. Un autre que moi ; par une nuit pareille, tournerait en rond jusqu’au matin. Mais ce pays-ci m’est connu.

— L’habitez-vous ? demanda presque timidement le vicaire de Campagne (car, à mesure