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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/204

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

voix, sans aucun éclat, a un accent de gaieté secrète, véritablement irrésistible. Elle achève de rassurer le pauvre prêtre. Même il craint que sa brève réponse n’ait fâché le joyeux compagnon, plein de bonne humeur. Qu’une parole humaine peut être agréable à entendre ainsi, à l’improviste, et qu’elle est douce ! L’abbé Donissan se souvient qu’il n’a pas d’ami.

— J’estime, prononce alors le noir petit marcheur, que l’obscurité rapproche les gens. C’est une bonne chose, une très bonne chose. Quand il n’y voit goutte, le plus malin n’est pas fier. Une supposition que vous m’ayez rencontré en plein midi : vous passiez sans seulement tourner la tête… Et ainsi donc, vous venez d’Étaples ?

Sans attendre la réponse, il précède rapidement son compagnon, empoigne le fil barbelé d’une clôture invisible, le tient poliment levé à bout de bras pour faciliter le passage. Puis il reprend, de sa joyeuse voix un peu sourde :

— Ainsi, vous venez d’Étaples, et vous allez sans doute à Cumières ?… ou Chalindry ?… ou Campagne ?…

— À Campagne, répond le vicaire, qui évite ainsi de mentir.

— Je ne vous accompagnerai pas jusque-là, reprend-il en riant à petits coups, d’un rire