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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

l’occasion d’un trait plus ferme et plus dur. Si délaissé qu’on le suppose à cette époque de sa vie, comment croire que ces pieux calembours aient nourri son oraison ? A-t-il prononcé vraiment sans dégoût ces prières ostentatoires, respiré la détestable chimie des bouquets spirituels, pleuré ces larmes de théâtre ? Priait-il ou, croyant prier, ne priait-il déjà plus ?

On referme ce petit livre avec dégoût ; le frôlement du drap malpropre agace encore les doigts. On voudrait connaître, chercher dans un regard humain le secret de la force dérisoire dont la plus claire des âmes fut un moment obscurcie. Hé quoi ? La grâce même de Dieu peut-elle être ainsi dupée ? Chacun verra-t-il toujours, s’il tourne la tête, derrière lui son ombre, son double, la bête qui lui ressemble et l’observait en silence ? Comme ce petit livre est lourd !

C’est ainsi que la malice qui le poursuivit d’ailleurs sans relâche jusqu’au dernier jour, réussit alors contre le misérable prêtre la plupart de ses entreprises. Après l’avoir engagé dans des travaux à la fois accablants et absurdes, perfidement présentés à sa conscience comme un système ingénieux de sacrifice et de renoncement, l’ayant ainsi dépouillé de toute