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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/184

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

parce que cette promotion à l’ancienneté lui semble admirablement judicieuse, équitable. Mêmement, chaque jeudi, il écoute le petit discours de M. Chapdelaine. Il est seul au monde capable de recueillir une si pauvre parole, et avec tant d’amour que le bonhomme, surpris et flatté, finit par trouver lui-même un sens à son bredouillement confus.

…Oserait-il s’avouer, pourtant, ce jeune prêtre audacieux, qu’il recherche pour elle-même la pieuse sottise ? Peut-être, il l’oserait. Mais il sait si peu de chose du grand débat dont il est l’enjeu ! Il soutient une gageure impossible, et ne s’en doute pas. Sans doute l’avertissement solennel de l’abbé Menou-Segrais l’a troublé pour un temps, puis un autre travail a tellement endurci son cœur qu’il est comme physiquement insensible à l’aiguillon du désespoir. Au plein du combat le plus téméraire qu’un homme ait jamais livré contre lui-même, il ne délibère pas de le livrer seul : littéralement, il n’éprouve le besoin d’aucun appui. Ce qui pourrait être présomption n’est ici que simplicité : il est dupe de sa force, comme un autre de sa faiblesse ; il ne croit rien entreprendre que de commun, d’ordinaire. Il n’a rien à dire de lui.

Sous ses yeux, la petite ville s’assombrit,