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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/17

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HISTOIRE DE MOUCHETTE

Le brasseur revit un instant le pâle petit visage résolu, indéchiffrable, et cette bouche si fière qui, depuis huit jours, refusait son secret… Alors il cria :

— Malin des malins !… Elle a tout dit à son père !

Et il recula de deux pas.

Le regard du marquis hésita une seconde, le toisa de la tête aux pieds, puis tout à coup se durcit. Le bleu pâle des prunelles verdit. À ce moment, Germaine eût pu y lire son destin. Il alla jusqu’à la fenêtre, la ferma, revint vers la table, toujours silencieux. Puis il secoua ses fortes épaules, s’approcha de son visiteur à le toucher, et dit seulement :

— Jure-le, Malorthy !

— C’est juré ! répondit le brasseur.

Ce mensonge lui parut sur-le-champ une ruse honnête. De plus, il eût été bien embarrassé de se dédire. Une idée seulement traversa toutefois sa cervelle, mais qu’il ne put fixer, et dont il ne sentit que l’angoisse. Entre deux routes offertes, il eut cette impression vague d’avoir choisi la mauvaise et de s’y être engagé à fond, irréparablement.

Il s’attendait à un éclat ; il l’eût souhaité. Cependant le marquis dit avec calme :

— Allez-vous-en, Malorthy. Mieux vaut