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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/16

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

c’est comme un râle de genêt dans la luzerne, ça vous piète sous le nez du meilleur chien, ça rendrait fou un vieil épagneul.

— C’est ce que je voulais dire, justement, déclara Malorthy, en appuyant chaque mot d’un hochement de tête. J’ai fait ce que j’ai pu, moi ; j’attendrai bien huit jours, quinze jours, autant qu’on voudra… Malorthy ne doit rien à personne, et si la fille tourne mal, elle en aura tout le reproche. Elle est assez grande pour fauter, elle peut bien aussi se défendre…

— Allons ! Allons ! pas de paroles en l’air, s’écria le marquis.

Mais l’autre n’hésita plus ; il croyait faire peur.

— On ne se débarrasse pas d’une jolie fille aussi aisément que d’un vieux bonhomme, monsieur de Cadignan, tout le monde sait ça… Vous êtes bien connu, voyez-vous, et elle vous dira elle-même son fait, mille diables ! Les yeux dans les yeux, en public, car elle a du sang sous les ongles, la petite !… Au pis aller, nous aurons les rieurs pour nous…

— Je voudrais voir ça, ma foi, dit l’autre.

— Vous le verrez, jura Malorthy.

— Allez le lui demander, s’écria Cadignan, allez le lui demander vous-même, l’ami !