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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/14

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

l’épouser ; je ne suis pas si bête. Mais il ne faut pas non plus nous traiter comme des gens de rien, prendre votre plaisir, et nous planter là, pour faire rire de nous.

En prononçant ces derniers mots, il avait repris, sans y penser, le ton habituel au paysan qui transige, et parlait avec une insinuante bonhomie, un peu geignarde. « Il n’ose pas nier, se disait-il, il a une offre à faire… il la fera. » Mais son dangereux adversaire le laissait parler dans le vide.

Le silence se prolongea une minute ou deux, pendant lesquelles on n’entendit plus qu’un tintement d’enclume, au loin… C’était un bel après-midi d’août qui siffle et bourdonne.

— Hé bien ? dit enfin le marquis.

Pendant ce court répit, le brasseur avait rassemblé ses forces. Il répondit :

— À vous de proposer, monsieur.

Mais l’autre suivait son idée ; il demanda :

— Ce Ravault, l’a-t-elle revu depuis longtemps ?

— Est-ce que je sais !

— On peut trouver là un indice, répondit paisiblement le marquis, c’est un renseignement intéressant… Mais les papas sont si bêtes ! En deux heures, je vous aurais livré le coupable, moi, pieds et poings liés !