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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/133

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

doyen de Campagne avec une brutalité forcée. Dans un tel cas, provoquer ce qu’on redoute est moins signe de courage que de faiblesse.

— Je le sais, je l’avoue ! s’écria l’abbé Donissan, vous ne vous trompez pas. Vous voyez clair en moi. C’est à votre charité que je fais appel… ah ! monsieur, non pas même à votre charité, votre pitié, pour me porter le dernier coup. Ce coup reçu, je le sens, je suis sûr que je trouverai la force nécessaire… Il n’y a pas d’exemple que Dieu n’ait relevé un misérable tombé à terre…

L’abbé Menou-Segrais le toisa d’un regard aigu.

— Êtes-vous si sûr que ma conviction soit faite, dit-il, et qu’il ne me reste aucun doute dans l’esprit ?

L’abbé Donissan secoua la tête.

— Il ne faut pas longtemps pour juger un homme tel que moi, fit-il, et vous voulez seulement me ménager. Au moins, laissez-moi le mérite, devant Dieu, d’une obéissance entière, absolue : ordonnez ! commandez ! Ne me laissez pas dans le trouble !

— Je vous approuve, dit le doyen de Campagne, après un silence : je ne puis que vous approuver. Vos intentions sont bonnes, éclai-