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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/127

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

qu’à la fin, dit brusquement M. Menou-Segrais, avec une inexprimable tristesse.

Le tranchant de la bise rougissait ses joues, cernait ses yeux d’une ombre bleue, et son compagnon s’aperçut qu’il tremblait de froid.

— Est-ce possible ! s’écria-t-il. Vous êtes sorti sans manteau et tête nue, par une telle nuit !

Mieux qu’aucune parole, en effet, cette imprudence du curé de Campagne marquait un trouble infini. Et à la plus grande surprise encore de l’abbé Demange — ou, pour mieux dire, à son indicible étonnement — il vit, pour la première fois, pour une première et dernière fois, une larme glisser sur le fin visage familier.

— Adieu, Jacques, dit le doyen de Campagne, en s’efforçant de sourire. S’il y a des présages de mort, un manquement si prodigieux à mes usages domestiques, un pareil oubli des précautions élémentaires est un signe assez fatal…

Ils ne devaient plus se revoir.


II


L’abbé Donissan ne rentra que fort tard dans la nuit. Longtemps l’abbé Menou-Segrais, un