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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/126

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

tristesse, d’humilité si déchirante, que le visage grossier en parut, tout à coup, resplendir.

— Vous ne deviez pas vous déranger, dit avec pitié M. Demange. Je vois que vous ne perdez pas votre temps, que vous ne boudez pas à la besogne… Je suis néanmoins content d’avoir pu vous dire adieu.

Ayant fait un signe amical de la tête, il se détourna aussitôt, avec une indifférence sans doute affectée. Le chanoine le suivit vers la porte. Ils entendirent, dans l’escalier, le pas pesant du vicaire, un peu plus pesant que d’habitude, peut-être… Dehors, le cocher, transi de froid, faisait claquer son fouet.

— Je suis fâché de vous quitter si tôt, dit l’abbé Demange, sur le seuil. Oui, j’aurais aimé, j’aurais particulièrement aimé passer cette nuit de Noël avec vous. Cependant, je vous laisse à plus puissant et plus clairvoyant, que moi, mon ami. La mort n’a pas grand’chose à apprendre aux vieilles gens, mais un enfant, dans son berceau ! Et quel Enfant !… Tout à l’heure, le monde commence.

Ils descendaient le petit perron côte à côte. L’air était sonore jusqu’au ciel. La glace craquait dans les ornières.

— Tout est à recommencer, toujours ! — jus-