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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/123

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

Il se tourna vers la gouvernante, et dit sur le même ton :

— Priez-le de descendre tel quel. Cela ne fait rien…

— M. Donissan, reprit-il dès que la vieille femme eut disparu, m’a demandé de prêter la main… Oh ! il ne la prête pas à demi ! Je l’ai vu, la semaine dernière, un matin, au haut des échelles, sa pauvre culotte collée aux genoux par la pluie, guidant les madriers, criant des ordres à travers les rafales, et visiblement plus à l’aise sur son perchoir que dans sa stalle du grand séminaire, un jour d’examen trimestriel… Il a sans doute recommencé aujourd’hui.

— Pourquoi l’appelez-vous ? dit l’abbé Demange. Pourquoi l’humilier ? À quoi bon !

L’abbé Menou-Segrais éclata de rire et, posant la main sur le bras de son ami :

— J’aime à vous confronter, fit-il. J’aime à vous voir face à face. J’y mets probablement un peu de malice. Mais c’est la dernière fois peut-être, et d’ailleurs au bout de cette malice il y a un sentiment très vif et très tendre, que je vous dois, de la miséricorde de Dieu, de sa divine suavité. Qu’elle est donc forte et subtile, qu’elle embrasse donc étroitement la nature, cette grâce qui par une voie si différente, sans les contraindre, rassemble doucement vos deux