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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/120

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

pour d’autres travaux plus durs, et qui, dans les premières années de leur sacerdoce, gaspillent un excès de forces physiques que la contrainte du séminaire…

— N’ajoutez rien ! s’écria en riant M. Menou-Segrais ; je sens que je vais vous détester. Doutez-vous que je me sois déjà proposé cette objection ? J’ai tâché, bon gré, mal gré, de me payer d’une telle monnaie. On ne se soumet pas sans lutte à une force supérieure dont on ne trouve pas le signe en soi, qui vous reste étrangère. La brutalité me rebute, et je serais le dernier à me laisser prendre à un appât si grossier. Certes, je ne suis pas une femmelette ! Nous avons été rudes en notre temps, mon ami, bien que les sots n’en aient rien su… Mais il y a ici autre chose.

Il hésita, et lui aussi, ce vieux prêtre, il rougit.

— Je ne prononcerai pas le mot ; je craindrais, de vous, je ne sais quoi qui, par avance, me serre le cœur. Oh ! mon ami, j’étais en repos ; je me résignais ; la résignation m’était douce. Je n’ai jamais désiré les honneurs ; mon goût n’est pas de l’administration, mais du commandement. J’aurais souhaité qu’on voulût bien m’utiliser. N’importe ; c’était fini ; j’étais trop las. Une certaine bassesse intellectuelle, la méfiance