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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/118

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

sieurs un langage moins offensant pour la majesté divine, et son odeur, rapportée des étables, incommode les dévotes. Enfin, je n’ai pu lui apprendre encore à perdre avec bonne grâce une partie de tric-trac. À neuf heures, il est déjà ivre de sommeil, et je dois me priver de ce divertissement… Vous en faut-il encore ? Est-ce assez ?

— Si c’est là les grandes lignes de vos rapports à l’évêché, conclut simplement l’abbé Demange, je le plains.

Le sourire du doyen de Campagne s’effaça aussitôt et son visage — toujours d’une extrême mobilité — se glaça.

— C’est moi qu’il faut plaindre, mon ami… dit-il.

Sa voix eut un tel accent d’amertume, d’espérance inassouvie qu’elle exprima d’un coup toute la vieillesse, et la grande salle silencieuse fut un moment visitée par la majesté de la mort.

L’abbé Demange rougit.

— Est-ce si grave, mon ami ? fit-il avec une touchante confusion, une ferveur d’amitié vraiment exquise. Je crains de vous avoir blessé, sans toutefois savoir comment.

Mais déjà M. Menou-Segrais :

— Me blesser, moi ? s’écria-t-il. C’est moi qui