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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

voudriez me faire taire. Quand je serai de nouveau loin de vous, cette nuit même, je prierai à vos intentions, en aveugle, et je n’aurai jamais prié de si bon cœur. En attendant, devriez-vous me battre, je résumerai, pour le repos de ma conscience, notre entretien ; j’en chercherai la conclusion. Laissez-moi dire ! Laissez-moi dire ! s’écria-t-il sur un geste d’impatience du curé de Campagne, je ne vous tiendrai pas longtemps. J’en étais aux éléments du dossier. J’y retourne. Sans doute, je n’attache pas beaucoup d’importance aux notes du séminaire…

— À quoi bon y revenir ? dit l’abbé Menou-Segrais. Elles sont médiocres, franchement médiocres, mais Dieu sait dans quel sens, et si c’est la médiocrité de l’élève qu’elles prouvent, ou du maître !… Voici néanmoins le passage d’une lettre de Mgr Papouin, que je ne vous ai point lue… Ayez seulement l’obligeance de me donner mon portefeuille — là, au coin de mon bureau — et d’approcher un peu la lampe.

Il parcourut d’abord la feuille du regard, en souriant, la tenant tout près de ses yeux myopes.

« Je n’ose vous proposer, commença-t-il, je n’ose vous proposer le seul qui me reste, ordonné depuis peu, dont M. l’archiprêtre, à qui je l’ai donné, ne sait que faire, plein de qualités sans