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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/114

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

pauvre compagnon mis à la retraite qui fera trois lieues ce soir avant de retrouver son lit, et pour l’amour de vous ! Suis-je vraiment capable de juger légèrement d’un scrupule que vous m’avez confié ?… Mais, comme jadis, votre conviction veut tout forcer, emporte d’assaut les gens ; vous y mettez seulement plus de grâces… Vous me sommez de statuer, et les éléments dont je dispose…

— Qui vous parle d’éléments ! interrompit le doyen de Campagne. Pourquoi pas une enquête et des dossiers ? Quand il s’agit de gagner ou de perdre une bataille, on manœuvre avec ce qu’on a sous la main. Je ne vous ai pas appelé tout le temps que j’ai moi-même pesé le pour et le contre, mais dès lors que ma certitude…

— Bref, vous attendez de moi que je vous approuve ?

— Exactement, répondit le vieux prêtre, imperturbable. Une certaine audace est dans ma nature, et ma vertu est si petite, ma vieillesse si lâche, je suis si bêtement attaché à mes habitudes, à mes manies, à mes infirmités même, que j’ai grand besoin, à l’instant décisif, du regard et de la voix d’un ami. Vous m’avez donné l’un et l’autre. Tout va bien. Le reste me regarde.

— Ô tête obstinée ! fit l’abbé Demange. Vous