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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/111

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LA TENTATION DU DÉSESPOIR

railler lui-même, à déconcerter sa grande âme, il ajouta :

— Rien de meilleur qu’une crise de rhumatisme pour vous donner le sens et le goût de la liberté.

— Revenons à notre protégé, dit soudain l’abbé Demange, avec brusquerie, et sans d’abord oser lever les yeux sur son vieil ami. Je dois vous quitter à cinq heures. Je le reverrais volontiers.

— À quoi bon ? répondit tranquillement l’abbé Menou-Segrais. Nous l’avons bien vu assez pour un jour ! Il a crotté mon pauvre vieux Smyrne, et failli briser les pieds de la chaise qu’il a choisie la plus précieuse et la plus fragile, avec son ordinaire à-propos… Que vous faut-il de plus ? Voulez-vous encore le peser, le toiser comme un conscrit ?… Voyez-le, d’ailleurs, si cela vous plaît. Dieu sait pourtant quel souci me donne, au long d’une semaine, à travers mes bibelots si sottement aimés, ce grand pataud tout en noir !

Mais l’abbé Demange connaît trop le compagnon de sa jeunesse pour s’étonner de son humeur. Jadis, jeune secrétaire particulier de Mgr de Targe, il n’a rien ignoré de certaines épreuves qu’a surmontées, une par une, le clair et lucide génie de l’abbé Menou-Segrais. Un