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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/104

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

— Hein ? Quoi ? s’écria Mouchette. Tu…

— Je ne crois pas un mot de cette histoire-là.

— Ne le répète pas deux fois, dit-elle entre ses dents.

Il agitait la main en souriant, comme pour l’apaiser.

— Écoute, Philogone, reprit-elle d’une voix suppliante (et l’expression de son visage changeait plus vite même que la voix). J’ai menti tout à l’heure ; je faisais la brave. C’est vrai que je ne peux plus vivre, ni respirer, ni voir seulement le jour à travers cet affreux mensonge. Voyons ! J’ai tout dit maintenant ! Jure-moi que j’ai tout dit ?

— Tu as fait un vilain rêve, Mouchette.

Elle supplia de nouveau :

— Tu me rendras folle. Si je doute de cela aussi, que croirai-je ? Mais qu’est-ce que je dis, reprit-elle, d’une voix cette fois perçante. Depuis quand refuse-t-on de croire la parole d’un assassin qui s’accuse, et qui se repent ? Car je me repens !… Oui… oui… Je te ferai ce tour de me repentir, moi qui te parle. Et, si tu m’en défies, j’irai leur raconter à tous mon rêve, ce fameux rêve ! Ton rêve !

Elle éclata de rire. Gallet reconnut ce rire, et blêmit.