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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/103

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HISTOIRE DE MOUCHETTE

— Je les ai brûlés, avec mes bas, dans notre four.

— J’ai vu le… j’ai examiné le cadavre, dit encore Gallet. Le suicide semblait évident. Le coup avait été tiré si près !

— Sous son menton, oui, dit Mouchette. J’étais tellement plus petite que lui, et il avançait tout droit… Il n’avait pas peur.

— Le… le défunt avait-il en sa possession des objets… des lettres ?…

— Des lettres ! fit Mouchette en haussant dédaigneusement les épaules. Pour quoi faire ?

« Cela paraît vraisemblable », pensa Gallet. Et il entendit avec surprise sa propre voix répéter tout haut sa pensée.

— Tu vois ! triompha Mouchette. Ça pesait vraiment trop dans ma tête ! Elle peut venir maintenant, ta Zéléda, tu vas voir ! Je serai sage comme une image. « Bonjour, Germaine. » (Elle se levait pour faire devant la glace une révérence.) Bonjour, madame…

Mais le médecin de Campagne ne sut pas dissimuler plus longtemps. Contracté par la peur, il se détendit tout à coup, et laissa échapper sa ruse, comme un animal pressé par les chiens, enfin libre, lâche l’urine.

— Ma fille, tu es folle, dit-il dans un long soupir soupir.