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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/102

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

— …Tu n’as donc point couché chez toi dans la nuit du 26 au 27 ?

— Cette question !

— Alors, ton père ?

— Il dormait, bien sûr ! répondit Mouchette. De sortir sans être vue, ça n’est pas malin !

— Et de rentrer ?

— De rentrer aussi, dame ! À trois heures du matin, il n’entendrait pas Dieu tonner.

— Mais le lendemain, ma chérie, quand ils ont su ?…

— Ils ont cru au suicide, comme tout le monde. Papa m’a embrassée. Il avait vu M. le marquis la veille. M. le marquis n’avait rien avoué. « Il a pris peur tout de même», a dit papa… Il a dit aussi : « Pour le mioche, on s’arrangera ; Gallet a le bras long. » Car ils voulaient te demander conseil. Mais je n’ai pas voulu.

— Tu n’as donc rien avoué non plus ?

— Non !

— Et sitôt le… l’acte commis… tu t’es sauvée ?

— J’ai couru seulement jusqu’à la mare pour laver mes souliers.

— Tu n’as rien pris, rien emporté ?

— Ou’est-ce que j’aurais pris ?

— Et qu’as-tu fait de tes souliers ?