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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/100

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

aussi lavé mes bas, à la maison, dans ma cuvette… Voilà ! Es-tu sûr maintenant ? conclut-elle avec une assurance naïve. Veux-tu encore d’autres preuves ? (Elle n’en avait donné aucune.) Je t’en donnerai. Interroge-moi seulement.

Chose incroyable ! Pas un instant, Gallet ne douta qu’elle eût dit vrai. Dès les premiers mots, il l’avait crue, tant le regard en dit plus long que les lèvres. Mais la première surprise fut si forte qu’elle paralysa jusqu’à ces manifestations de la terreur que Mouchette épiait déjà sur le visage de son amant. La détresse du lâche, à son paroxysme, si elle n’éclate au dehors, surexcite au dedans toutes les forces de l’instinct, donne à la brute à demi lucide une puissance presque illimitée de dissimulation, de mensonge. Ce n’était pas l’horreur du crime qui clouait Gallet sur place, mais en un éclair il s’était vu lié pour toujours à son affreuse amie, complice non de l’acte, mais du secret. Comment livrer ce secret, sans se livrer ? Puisqu’il était trop tard pour en arrêter l’aveu, il dirait non ! Quelle autre ressource… Non et non ! à l’évidence même. Non ! Non ! Non ! Non ! hurlait la peur. Et déjà il eût voulu asséner ce non ! comme un poing fermé sur la terrible bouche accusatrice… Seulement… Seulement… L’en-