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CHAPITRE 3me.

L’ALTO.

Les quatre cordes de l’Alto sont accordées ordinairement en quintes comme celles du Violon et à la quinte au-dessous d’elles.

EXEMPLE.

\relative c {
  \clef alto
  \override Staff.TimeSignature #'stencil = ##f
  <c g' d' a'>1
  \bar "||"
}

Son étendue ordinaire est de trois octaves au moins.

EXEMPLE.

\relative c {
  \clef alto
  \override Staff.TimeSignature #'stencil = ##f
  \cadenzaOn
  c4 d e f g a b
  c4 d e f g a b 
  c4 d e f g
  \clef treble
  a b c
  \bar "||"
}
Avec les intervalles chromatiques.

Il s’écrit sur la clef d’Ut (3me ligne), et sur la clef de Sol quand il s’étend beaucoup à l’aigu.

Ce que nous avons dit au chapitre 2me relativement aux trilles, coups d’archets, accords plaqués ou arpégés, sons harmoniques etc. est de tout point applicable à l’Alto, en le considérant comme un violon plus grave d’une quinte.

De tous les instruments de l’orchestre, celui dont les excellentes qualités ont été le plus longtemps méconnues, c’est l’Alto. Il est aussi agile que le Violon, le son de ces cordes graves a un mordant particulier, ses notes aigües brillent par leur accent tristement passionné, et son timbre en général, d’une mélancolie profonde, diffère de celui des autres instruments à archet. Il a été longtems inoccupé cependant, ou appliqué à l’emploi obscur autant qu’inutile, le plus souvent, de doubler à l’octave supérieure la partie de Basse. Il y a plusieurs causes à l’injuste servage de ce noble instrument. D’abord la plupart des Maîtres du siècle dernier, dessinant rarement quatre parties réelles, ne savaient qu’en faire ; et quand ils ne trouvaient pas tout de suite à lui donner quelques notes de remplissage dans les accords, ils se hâtaient d’écrire le fatal col Basso, avec tant d’inattention quelquefois, qu’il en résultait un redoublement à l’octave des Basses, inconciliable, soit avec l’harmonie, soit avec la mélodie, soit avec toutes les deux ensemble. Ensuite il était malheureusement impossible d’écrire alors pour les Altos des choses saillantes exigeant un talent ordinaire d’exécution. Les Joueurs de Viole, (ancien nom de l’Alto) étaient toujours pris dans les rebuts des Violonistes. Quand un musicien se trouvait incapable de remplir convenablement une place de Violon, il se mettait à l’Alto. D’où il résultait que les Violistes ne savaient jouer ni du Violon ni de la Viole. Je dois même avouer que de notre temps, ce préjugé contre la partie d’Alto n’est pas entièrement détruit, et qu’il y a encore, dans les meilleurs orchestres, des Joueurs d’Alto qui ne possèdent pas mieux l’art de l’Alto que celui du Violon. Mais on sent de jour en jour davantage l’inconvénient qui résulte de cette tolérance à leur égard, et peu à peu l’Alto comme les autres instruments ne sera plus confié qu’à des mains habiles. Son timbre attire et captive tellement l’attention qu’il n’est pas nécessaire d’en avoir dans les orchestres un nombre tout à fait égal à celui des seconds violons, et les qualités expressives de ce timbre sont si saillantes que, dans les très rares occasions les anciens compositeurs le mirent en évidence, il n’a jamais manqué de répondre à leur attente. On sait l’impression profonde qu’il produit toujours dans le morceau d’Iphigénie en Tauride, où Oreste abymé de fatigue, haletant, dévoré de remords, s’assoupit en répétant : Le calme rentre dans mon cœur ! pendant que l’orchestre, sourdement agité, fait entendre des sanglots, des plaintes convulsives, dominés incessament par l’affreux et obstiné grondement des Altos. Bien que, dans cette inqualifiable inspiration, il n’y ait pas une note de la voix ni des instruments dont l’intention ne soit sublime, il faut pourtant reconnaître que la fascination exercée par elle sur les auditeurs, que la sensation d’horreur qui fait les yeux de quelques uns s’ouvrir plus grands en s’emplissant de larmes, sont dues principalement à la partie d’Alto, au timbre de sa 3eme corde, à son rhythme syncopé et à l’étrange effet d’unisson résultant de sa syncope du La brusquement coupée par le milieu par un autre La des basses marquant un rhythme différent.