Ouvrir le menu principal

Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/98

Cette page n’a pas encore été corrigée


Il s’enferma dans la cabine, où le P. Jervis lui avait promis de venir le réveiller une demi-heure avant l’arrivée. Il ôta ses souliers bouclés, s’étendit sur la couchette, et essaya de mettre un peu d’ordre dans ses pensées. Mais impossible d’y parvenir : des milliers d’idées continuaient à tourbillonner dans son esprit.

Bientôt, fatigué de rester étendu, il se rassit, écarta le petit rideau qui couvrait la fenêtre ronde de la cabine, et regarda au dehors. On ne pouvait voir que très peu de chose ; mais, par degrés, les yeux du voyageur distinguèrent comme un réseau lumineux qui semblait glisser quelque part, très bas au-dessous de lui, et qu’il supposa être déjà une ville française. De nouveau il tacha passionnément à retrouver, au fond de sa mémoire, quelques bribes de souvenirs qui lui permissent de concilier son passé avec la série de ses impressions nouvelles. Mais en vain. Il était comme un enfant qui aurait un cerveau d’homme mur. Il se sentait plongé dans un mode d’existence où toutes choses lui apparaissaient renversées sens dessus dessous, et pourtant très nettes, très simples, et aussi naturelles qu’il était possible ; et c’était surtout cette simplicité et ce naturel qui l’accablaient de stupeur.

Ainsi il se tenait immobile, écoutant inconsciemment le souffle vigoureux de l’air que fendait le navire, et parfois des échos des voix humaines échangeant des paroles sur le pont, au-dessus de sa tête