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Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/266

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aucun scrupule d’en tirer le parti le plus effroyable. Sans compter, disait-on, les possibilités d’un soulèvement des socialistes d’Amérique et d’émissaires secrètement disséminés à travers tout le monde civilisé, au cas où la répression des puissances aurait réussi.

Voilà, en résumé, ce que monsignor Masterman se rappelait avoir lu ou entendu raconter ! C’était là ce que le monde entier savait ; et, certes, les choses n’avaient rien de rassurant.

En premier lieu, à coup sûr, le prêtre craignait la mort pour sa propre personne ; et cependant, tandis qu’il allait de long en large dans le petit salon, honnêtement et sincèrement il croyait pouvoir s’affirmer que cette crainte n’occupait qu’un plan accessoire dans son esprit. Bien plutôt ce qu’il éprouvait était une sensation de surprise, mêlée d’horreur, à la pensée que de tels événements eussent pu éclater dans ce monde ordonné, discipliné, avec lequel il commençait à se familiariser. C’était cette surprise et cette horreur qui l’accablaient, d’un poids qu’aggravaient encore sa tension nerveuse, la brutalité grossière des hommes qui l’avaient accueilli, et le souvenir de la mort toute récente, dans cette même ville, d’un autre messager de paix pareillement envoyé de Home. Et puis aussi la surprise et l’horreur se concentraient pour lui maintenant, comme un symbole, dans l’image du vieux cardinal que, depuis longtemps déjà, il avait appris à aimer.