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Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/257

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V

Il se réveilla en sursaut, avec un mélange singulier de netteté des sens et d’engourdissement intellectuel. Écartant ses pieds de la banquette, il s’assit, se mit à regarder autour de soi.

La première chose qu’il aperçut fut que la cabine était remplie d’une pâle lumière matinale, froide et triste, bien que les lumières voilées des lampes continuassent à briller au plafond. Puis il vit que le cardinal était assis à l’autre extrémité de la cabine, le regard fixé au dehors. L’une des fenêtres de verre était baissée, et une coulée d’air brumeux agitait les cheveux blancs sur la tête du vieillard. Puis il vit, à l’avant du vaisseau, la figure tassée du conducteur.

Rien d’autre qu’il pût discerner, à travers le vitrage ; de tous côtés, un épais brouillard inondait l’atmosphère. L’aérien semblait arrêté, mais sans doute quelque part au-dessus de terre, comme un ballon captif immobile à l’extrémité de sa corde. Monsignor eut un mouvement, qui fit retourner vers lui le cardinal Bellairs. Le vieillard paraissait étrangement usé et fatigué, parmi cette lumière triste. Mais ce fut de sa voix ordinaire, sans la moindre trace d’émotion, qu’il demanda :

— Étes-vous bien réveillé, monsignor ? J’ai voulu vous laisser dormir à votre aise.

— Qu’y a-t-il, Éminence ? Où sommes-nous ?