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Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/250

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navire qui vibrait, léger comme une fleur, impatient de s’élancer dans l’espace immense, pendant qu’il voyait toutes ces choses avec la partie extérieure de son âme, au-dedans de celle-ci il tâchait à comprendre les impulsions et pensées nouvelles dont il se sentait pénétré. En vérité, il lui aurait été presque impossible d’expliquer les motifs qui l’avaient amené là, sur ce quai de départ ; ses espérances, ses craintes, tout cela restait en lui étrangement vague. Il était comme quelqu’un qui défiler sur un écran un tourbillon d’ombres confuses, et qui parfois découvre la trace d’un corps ou d’un visage, parfois un mouvement fragmentaire, mais sans pouvoir rien saisir de l’intention ni du plan de l’ensemble. Ou bien, plutôt encore, il avait l’impression d’être lui-même emporté dans un tourbillon, sans aucun état d’âme défini, mais avec une curiosité de la manière dont l’aventure s’achèverait, et puis aussi des raisons qui avaient produit cette aventure singulière. Simplement, il savait que la chose était ainsi. Il savait que c’était chose absolument indispensable qu’il se trouvât sur ce quai, en partance vers une mort presque certaine : cela était pour lui aussi évident que l’existence même de son corps et de son âme.

J’ajouterai que rien de tout cela n’avait encore réussi à lui expliquer l’espèce d’énigme qui s’imposait à lui depuis son récent retour à la conscience de soi. Tout au plus sentait-il qu’il devait tenir en main, désormais, tous les éléments du