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Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/243

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partie, par l’élément tragique de la situation, l’impression que chacun était tenu de se hausser à un niveau d’âme exceptionnel ; à quoi s’ajoutait, pour une autre part, l’excitation nerveuse, et puis aussi un certain dégoût de la vie, qui grandissait en lui. Mais, par-dessous tout cela, il sentait bien que son nouveau désir résultait d’une affection humblement passionnée pour son vénérable chef, affection dont il n’avait jamais eu conscience jusqu’à cette minute. D’un seul coup, aussi nettement que dans une vision, il avait aperçu que c’était chose impossible de laisser aller seul à la mort cet admirable vieillard, et que personne n’avait autant le devoir de l’accompagner que lui-même, — lui qui toujours s’était révolté contre la brutalité du monde.

— Éminence, reprit il, ce que vous désirez est impossible, parce qu’il faut absolument que j’aille avec vous à Berlin !

Le cardinal sourit, et fit un geste de la main, comme pour calmer un enfant trop impétueux.

— Mon cher fils…

Monsignor se retourna vers l’autre cardinal. Il se sentait plein de sang-froid, aussi calme que si un souffle de vent avait balayé son agitation de tout à l’heure.

— Vous me comprenez bien, vous, Éminence, n’est-ce pas ? Vous comprenez qu’il est impossible que le cardinal parte seul ? Or, c’est moi qui suis son secrétaire. Je puis tout arranger, auparavant,