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Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/237

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qui les dépassât, aucune trace d’un idéal supérieur à celui qu’engendrait le sens commun de la foule.

Monsignor fit signe au chauffeur de se remettre en route ; et lui-même s’adossa dans sa voiture, les yeux fermés. Il se sentait terriblement seul, dans un monde terrible. Était-ce donc que la race humaine tout entière fût dépourvue de cœur ? La civilisation était-elle devenue si parfaite, de part et d’autre, dans le monde chrétien et dans ce monde socialiste, qu’il n’y eût plus de place pour un homme de sa sorte, à lui, avec les sentiments de l’individualité qui lui était propre ? Mais, avec tout cela, le prélat ne pouvait plus se dissimuler que, du moins, l’autre monde, le monde chrétien, valait mieux que celui-ci, que mieux valait se trouver apaisé et comme insensibilisé par une contemplation trop intense des réalités éternelles que par une prise trop forte sur les faits de la terre.

Au moment où il descendait de sa voilure, devant la porte du Palais du Gouvernement, l’un des portiers accourut vers lui, tenant en main une feuille verte.

— Monsignor, dit-il, voici un message pour vous ! Le prélat se hâta d’ouvrir la feuille, qui contenait une demi-douzaine de mots chiffrés. Étrangement agité, il remonta dans sa chambre et se mit en devoir de déchiffrer le message. C’était un ordre du vieux cardinal, lui enjoignant de tout quitter pour venir le retrouver, sur-le-champ, à Rome.