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Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/235

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où chacun s’approvisionnait de toutes les choses nécessaires à la vie, moyennant la présentation de coupons remplaçant l’ancienne monnaie abolie.

Accoudé sur le rebord de sa voiture, monsignor considérait attentivement cette scène nouvelle.

La première chose qui le frappait était une impression négative, la sensation de quelque chose d’extérieur qui faisait défaut. Et bientôt, en effet, il se rendit compte de ce qui manquait. Dans les villes européennes, l’un des détails auxquels il s’était maintenant le plus accoutumé était la présence, à chaque instant, de quelque emblème, ou statue, ou peinture d’ordre religieux. Ici, rien de pareil. Un trottoir bien uni courait autour du square ; au fond s’élevaient des maisons toutes semblables, avec les mêmes portes et les mêmes fenêtres. Tout était admirablement propre, commode, hygiénique. Par les fenêtres d’une maison, en face de soi, monsignor apercevait, à l’intérieur, une propreté et une décence non moins irréprochables. Mais il n’y avait, dans tout cela, absolument rien pour rappeler la moindre idée de quelque chose qui ne fût pas le bien-être corporel. À Londres, à Paris, dans toutes les villes d’Europe, un quartier socialiste même aurait conservé des traces d’allusions à d’autres possibilités moins matérielles : ici, rien absolument pour suggérer que la solide santé animale ne fût point le seul idéal concevable.

Le visiteur essaya d’interroger les visages des passants. Des femmes s’avançaient, vigoureuses et