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Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/232

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Un bon gouvernement, une bonne santé corporelle, un partage égal des biens et des chances : à cela se bornait toute leur idée du bonheur présent, tout de même que leur unique notion du progrès consistait à rêver un gouvernement encore meilleur, une santé plus parfaite, une égalité plus strictement répartie.

Ainsi le prêtre avait songé pendant sa traversée, revenant sans arrêt sur les mêmes questions, et s’ingéniant à comprendre le motif qui l’empêchait de s’accorder pleinement avec l’une ni l’autre des conceptions contraires. Car là-bas en Angleterre, avec ses amis, il se sentait incapable de partager leurs certitudes et leurs aspirations ; et avec ces socialistes, tels que pour la première fois il les approchait, il avait l’impression que la vie humaine se dégradait misérablement, perdait tout son sens et toute sa beauté.

Il avait observé machinalement de quelle manière la voûte du ciel s’étendait et s’illuminait au soleil levant, tandis que l’immense espace, au-dessous, commençait de plus en plus à se découper en arêtes dentelées. Et c’était avec un sentiment croissant de mélancolie qu’il avait vu bientôt se dresser devant lui les toits, les dômes, et les cheminées de Boston, le Canaan socialiste.