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Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/231

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Et pourtant, malgré cette hostilité dont il se sentait environné, le milieu où il se trouvait introduit lui produisait une singulière impression de familiarité. Tout cela, sans qu’il sût comment, lui semblait déjà connu, et il avait même quelque part, au fond de soi, un élément de sympathie pour ces représentants d’un monde étranger. C’était comme si ce monde lui fît l’effet d’avoir été, autrefois, le sien propre. Il se sentait un peu pareil à un homme qui, ayant réussi à sortir d’un puits profond où il était tombé, regarderait avec pitié d’autres hommes restés au fond du puits et satisfaits d’y rester, se refusant à toute tentative pour remonter au grand air du dehors.

Car, sans aucun doute possible, le monde où le prêtre avait conscience de vivre depuis un an, ce monde comportait de larges horizons, avec tout ce qu’il y constatait encore de trop dur, à son gré, et comme d’inexorable. De tous côtés, son regard y découvrait des espaces infinis. Les hommes qui y vivaient, — et si étrangers que fussent pour lui leurs sentiments, — parlaient, en tout cas, comme si la mort n’était qu’un simple incident d’une vie éternelle. Et monsignor avait beau se défier, en secret, de la justesse d’une conception comme celle-là : du moins, cette conception remplissait les âmes, les animait d’une sécurité et d’un contentement merveilleux. Tandis qu’il en allait tout autrement des émigrants du navire. Ceux-là limitaient franchement tous leurs projets au monde terrestre.