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Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/229

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autour de lui, il s’était levé, habillé, et s’était rendu dans l’oratoire du navire, où il avait déjà dit sa messe le matin précédent. Ses prières finies, il était remonté sur le pont et était allé s’accouder à l’extrême avant, d’où il pouvait considérer librement l’horizon. Toutes les lumières du navire étaient encore allumées, et le pont supérieur aurait été entièrement vide sans la présence d’un officier de garde, se promenant de long en large.

Devant soi, le voyageur ne voyait qu’un immense abime de ténèbres, parmi lequel se distinguait à peine la surface ridée de l’Océan, d’une couleur de plomb où venaient par instants se piquer des taches blanches. Mais bientôt, à mesure que l’aube s’élevait derrière le navire, les ténèbres avaient commencé à se teinter d’une légère nuance rose, permettant à monsignor de distinguer plus nettement le ciel delà mer ; et, presque tout de suite après, la mer elle-même avait revêtu une teinte pâle, contrastant avec le rose plus accentué de l’air. Le voyageur s’occupait à contempler cette lutte émouvante du jour et de la nuit, lorsque, soudain, il lui avait semblé que le rebord de l’Océan contre le ciel devenait inégal et accidenté. Ça et là, de petits grumeaux apparaissaient qui, d’instant en instant, prenaient plus de relief.

Il se retourna vers un officier, dont il entendait le pas tout près de lui.

— Ces taches grises, là-bas, demanda-t-il, je suppose que c’est la terre ?