Ouvrir le menu principal

Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/207

Cette page n’a pas encore été corrigée


à peine minuit, et que la ville elle-même, des deux côtés du fleuve, étincelât de la splendeur de ses lampes électriques allumées jusqu’à l’aube.

Et, d’abord, le prêtre se sentit plus calme. Cette vision de repos et de paix, cet ordre merveilleux, ce progrès aboutissant à une régularité parfaite lui procurèrent, malgré lui, une impression de bien être. Mais peu à peu, à mesure qu’il regardait, son attention se détourna du spectacle de l’immense cité endormie, et de nouveau lui revinrent à l’esprit de grandes images contradictoires, l’une de la veille et l’autre du lendemain, l’image du roi d’Angleterre baisant dévotement l’anneau du Père abbé, et celle des milliers de socialistes arrachés par force à la demeure de leurs ancêtres.

Et de nouveau la lutte antérieure se poursuivit, dans l’âme du promeneur nocturne, résultant de ce qu’il découvrait en soi un christianisme contraire au prétendu monde chrétien au milieu duquel il vivait.

Longtemps il resta accoudé, perdu dans ses pensées, incapable de rien apercevoir du spectacle bienfaisant qui se déployait autour de lui. Enfin il se ressaisit, d’un violent effort, ramena sur ses oreilles le collet de son manteau, et revint précipitamment s’enfermer dans sa chambre.