Ouvrir le menu principal

Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/201

Cette page n’a pas encore été corrigée


pareil à celui qui s’offrait son regard. D’un bout à l’autre de la rue, tous les toits et toutes les fenêtres dégorgeaient un flot muet de visages, qui d’ailleurs éclatèrent en acclamations et en mouvements d’enthousiasme dès qu’ils aperçurent l’imposant cortège. Jamais jusqu’alors monsignor Masterman ne s’était rendu compte de l’effet prodigieux causé dans l’imagination populaire par cette restitution décisive de la vieille abbaye aux héritiers de ses fondateurs et habitants primitifs. Toujours jusque-là, malgré lui, il avait gardé vaguement la pensée que l’Église avait ses intérêts et que la nation avait les siens. Il n’avait pas compris que, désormais, les deux intérêts se trouvaient de nouveau identifiés, ou plutôt même qu’ils atteignaient maintenant à un degré d’identité supérieur à tout ce qui s’était vu précédemment. Car aux plus belles périodes du moyen âge des crises avaient surgi, pendant lesquelles le pouvoir séculier s’était dressé en face du pouvoir spirituel ; tandis qu’à présent César semblait avoir enfin appris que Dieu était sa sanction suprême. La nation et l’Église, peut-être pour la première fois dans l’histoire, s’étaient unies au point de ne former que le corps et l’âme d’une personne unique. Lorsque le carrosse s’arrêta devant la porte occidentale de l’abbaye, et que monsignor en sortit dans son costume d’apparat, il entendit, comme une basse fondamentale au murmure extasié des cloches, au-dessus de lui, une immense rumeur de