Ouvrir le menu principal

Page:Benson - La nouvelle aurore, 1915.djvu/177

Cette page n’a pas encore été corrigée


visage était dévoré d’une maladie à la fois si horrible et si mystérieuse que la science de son temps n’avait pas osé la traiter. Ses grands yeux regardaient avec une intensité presque terrible, des yeux qui semblaient à jamais fixés dans leur position présente, et qui, cependant, attendaient passionnément la Vision qui allait pouvoir ranimer et reconstituer le visage à peu près détruit. Un peu plus loin, un enfant s’agitait, gémissait, détournait la tête. Ailleurs, un vieillard se penchait en avant sur sa civière, soutenu des deux côtés par deux brancardiers… Et ainsi ils gisaient, en deux rangées sans fin, issus de toutes les nations sous le ciel, car le prélat distinguait des visages de Chinois, des visages de nègres. Et l’air même où il marchait lui semblait pénétré de douleur et d’attente.

Brusquement, une grande voix l’interrompit dans sa rêverie ; et, avant qu’il pût concentrer son attention sur ce que disait cette voix, les mots furent repris par des centaines de milliers de bouches, une courte phrase brûlante, qui déchirait l’atmosphère comme un fracas d’orage. Ah ! monsignor se rappelait, à présent. C’était la vieille prière française, consacrée par un siècle d’usage. Et pendant que le prélat continuait d’avancer, regardant tantôt la bénédiction des malades qui venait de commencer, le signe de croix fait, avec l’ostensoir d’or, par l’évêque préposé à cette charge solennelle, et tantôt les yeux affolés d’impatience qui attendaient leur tour, ce fut d’une manière presque