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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/99

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LA MORT D’ACHILLE.

Ne ſoyez point ingrats, c’eſt aſſez d’eſtre iniques,
Rappellez du paßé vos miſeres publiques,
Remettez voſtre flotte en ſon premier malheur,
Reſſuſcitez Hector, ſa force, & voſtre peur,
Fuiez bien loin des murs d’une ſuperbe ville,
Implorez mon ſecours, qu’il vous ſoit inutille,
Empeſchez que mon corps n’ait reçeu tant de coups,
Rendez-moy tout le ſang que j’ay verſé pour vous,
Et qu’apres, s’il le faut, Uliſſe me ſurmonte,
Et qu’il demeure apres glorieux de ma honte,
Cœurs ſans recognoiſſance ! il vous faut un tel bras,
Vous voulez qu’il vous ſerve, & vous ne l’armez pas,
On me prefere Uliſſe !


Agamemnon.

On me préfère Ulysse ! Ha ! ſa fureur l’emporte.


Ajax, il tire ſon eſpee.

Mais ſçachez que ma cauſe eſt toujours la plus forte,
Ce fer au lieu de vous me recompenſera,
Et d’Ajax ſeulement Ajax triomphera,
L’honorable ſecours de ma fidelle eſpee
Qu’au ſang des ennemis j’ay trop ſouvent trempee
Me rendra glorieux par le reſte du mien,
Uliſſe, elle eſt à moy, vous n’y pretendez rien ?