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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/89

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LA MORT D’ACHILLE.

Mais puis que le treſpas qui ſe rit de nos larmes
En nous l’ayant oſté n’en laiſſe que les armes,
Qui par ſes actions les peut mieux meriter
Que celuy d’entre nous qui les luy fit porter ?
N’eſtimez point qu’Ajax ait obmis quelque choſe
Dont le reſſouvenir ſoit utile à ſa cauſe.
Que ſi de ſes raiſons le poids n’eſt pas trop grand,
Croyez qu’il eſt injuſte encor plus qu’ignorant,
Pour en venir au point où ſon audace aſpire
Il a dit, quoy que mal, tout ce qu’il pouvoit dire.
Si j’ay de l’éloquence, au jugement de tous,
Souffrez que je m’en ſerve, elle a parlé pour vous.
Je m’en puis bien ayder en cette procedure,
Et me ſervir d’un don que m’a fait la Nature.
Je ne veux point briller de l’éclat d’un ayeul,
Et je ne vante icy que mon merite ſeul,
Mes peres dans le Ciel ont pourtant une place,
Le crime, ny l’exil ne ſont point dans ma race,
Mais quelques grands honneurs qu’ayent reçeu mes ayeux,
Uliſſe rougiroit s’il n’eſtoit pas comme eux,
Et ſi vos jugements rendant ſes vœux proſperes
Récompenſoient en luy la vertu de ſes peres.
Ses geſtes sont preſents, leurs geſtes ſont paſſez,
Honorez leur memoire, & le recompenſez.
Je voudrois en ce lieu tous mes faits vous déduire,
Mais j’en ay bien plus fait que je n’en ſçaurois dire.