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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/88

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TRAGEDIE.

Au lieu de récompence il recherche un ſuplice,
Ne fuſſe rien qu’un bras que tout le corps d’Uliſſe,
Ce grand, & large écu que j’ay ſeul merité,
Qui porte tout le monde, en ſeroit-il porté ?
Si voſtre jugement à cet honneur le nomme,
Vous ruinez la Grece, & perdez ce grand homme,
Comme dans un cercueil ce ſera l’enfermer,
Et vous l’étouferez en le penſant armer.
Ce prix de la valeur, ces armes deffenduës
Par un ſi foible corps, ſeront bien-toſt perduës,
Uliſſe ſe verra de tous coſtés atteint,
Et ſera deſpouillé avant que d’eſtre craint.
J’ay donné de moy-meſme une aſſez ample preuve,
Ma cuiraſſe eſt uſee, il m’en faut une neuve,
Qu’eſt-il beſoin qu’Uliſſe ait un autre bouclier ?
Le mien eſt tout percé, le ſien eſt tout entier.
Mais c’eſt trop diſcourir, ces armes diſputees
Entre les ennemis doivent eſtre jettees,
Meritons par le ſang un ſi glorieux prix,
Et qu’enfin il demeure à qui l’aura repris.


Harangue d’Ulisse.


Sy le Ciel m’euſt ouy (juſtes, & braves hommes)
On ne nous verroit pas en la peine où nous ſommes,
Je me tairois, Ajax ſeroit moins animé,
Car tu vivrois (Achille) & tu ſerois armé.