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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/87

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LA MORT D’ACHILLE.

Quels eſtoient nos vaiſſeaux en ce triſte accident ?
N’alloient-ils pas ſans moy faire un naufrage ardẽt ?
Par les feux noſtre flotte euſt eſté conſommee,
Et l’eſpoir du retour s’en alloit en fumee,
Songez quels nous eſtions quand Hector arriva.
Vos vaiſſeaux ſont entiers, armez qui les ſauva.
Ces armes dont jadis la gloire fut ſi grande,
Vous demandent Ajax, comme Ajax les demande,
Qui ſi voſtre Juſtice honore ma valeur,
J’en augmente mon luſtre, & je maintiens le leur.
Voyons qui les merite, & que ce brave Uliſſe
Compare à ma vertu ſon infame artifice,
Qu’il compare à ces faits glorieux à mon nom,
Et les chevaux de Rheſe, & la mort de Dolon :
Il n’a rien fait de jour, & rien ſans Diomede,
Qu’il en ait la moitié, ſi l’autre les poſſede.
Mais qu’Uliſſe n’ait rien puis qu’il eſt ſans vertu,
Il a bien dérobé, mais j’ay bien combattu.
Ha certes ſa folie eſt digne de nos larmes,
Il demande ſa perte en demandant ces armes,
L’éclat de cet armet de qui l’œil eſt touché,
Le pourroit deſcouvrir quand il ſe tient caché :
Ses lueurs trahiroient ſes ruſes, & ſa gloire,
La nuit ſa confidente en paroiſtroit moins noire ;
Acheveroit-il mieux ſes illuſtres deſſeins ?
Que feroit cette eſpée en ſes debiles mains ?