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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/86

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TRAGEDIE.

Ailleurs il prend la fuitte en toute diligence,
Lors que Neſtor bleſſé reclame ſa deffence ;
Diomede le ſçait qui meſme s’en facha,
Qui rougit de ſa honte & la luy reprocha :
Cette action des Dieux ne fut pas oubliée,
Mais en un meſme temps fut veuë & chaſtiée,
Tout außi-toſt luy-meſme a beſoin de ſecours,
M’implore, & ſe raſſure außi-toſt que j’accours,
J’empeſchay qu’à ſon corps l’ame ne fut ravie,
C’eſt la ſeule action qu’on reproche à ma vie.
Ingrat, ſi tu me veux diſputer cet honneur,
Retourne aux ennemis, à ta playe, à ta peur,
Que je t’aille aſſurer lors que ton ame tremble,
Et que ſous ce bouclier nous querellions enſemble.
Tout fuit, Hector paraiſt, il amene avec ſoy
Pour vaincre ſans combattre, & la crainte, & l’effroy,
Se diſpoſe à brûler nos voilles, & nos rames,
Mon bras ſeul repouſſant Hector, ſes dieux, ſes flames,
Couvre toute la Grece avec ce large écu,
Nous en venons aux mains, je n’en ſuis pas vaincu,
Nous nous craignons tous deux, quel honneur, quelle gloire,
Ne triomphois-je pas empeſchant ſa victoire ?
Et quand tout furieux ſous les murs d’Ilion
Je repouſſois l’effort de ce jeune lion,
Que faiſoit lors Uliſſe avec ſa Rhetorique ?
Qui vous ſervoit le mieux ou ſa langue, ou ma pique ?