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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/80

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TRAGEDIE.

Priam veut mon treſpas, & Pâris l’entreprend,
Une main ſi debile a fait un coup ſi grand,
Ces laſches ont rompu la tréve, & leur promeſſe :
Mais quoy que mon amour ait offencé la Grece,
Faittes-les reſſentir du tort que j’en reçoy,
Et ne vous vangez pas de moy, mais vangez moy.


Ajax en l’embraſſant.

Ouy, j’uſeray contre-eux de ta valeur extréme,
Et je m’efforceray d’heriter de toy-meſme.


Achille.

Que de vives douleurs ! Parque, acheve ton coup,
Je ne veux pas me plaindre, & j’endure beaucoup.


Ulisse.

Juge quelle eſt ta faute, Achille, par ta peine,
Voilà ce que te vaut l’amour de Polixene,
Ce ſont de l’ennemy les plus douces humeurs,
Voilà comme il nous flatte.


Achille, il meurt.

Voilà comme il nous flatte. Il eſt vray, mais je meurs.


Ulisse.

D’une eternelle nuit ſa paupiere eſt couverte,
Ris de ton crime, ô Troye ! Argos, pleure ta perte !