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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/72

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TRAGEDIE.


Alcimede.

Hé bien, Achille eſt juſte, il n’a point offencé,
Mais qu’attend l’innocent d’un Juge intereſſé ?
Priam eſt vôtre Juge, il eſt voſtre partie,
Vous venez à l’Autel de même que l’Hoſtie,
Ce ſont des ennemis qui flattent pour tromper,
Qui ne vous ont paré qu’afin de vous frapper,
Vous eſtes menacé d’une affreuſe tempeſte,
Et le Ciel, & l’Enfer grondent ſur voſtre teſte.
Que faittes-vous ici ? qu’eſperez-vous de bon
Pres du tombeau d’Hector, & des Dieux d’Ilion ?
Hecube, & Polixene auront un front ſevere,
Les pourrez-vous fléchir ? L’une eſt ſœur, l’autre eſt mere,
Tant de fiers ennemis vous pourront outrager,
Et s’ils ayment leur ſang ils voudront le vanger :
Empeſchez, juſte Ciel, que ce malheur arrive,
Meurs, ô piété ſainte ! afin qu’Achille vive.


Achille.

Foible, & trop lâche eſprit à la frayeur ouvert,
Me puis-je pas ſauver, ſi le Ciel ne me perd ?
S’il veut qu’avec mes jours ma gloire ſe conſomme,
Le Ciel n’eſt-il pas Ciel, & ne ſuis-je pas homme ?
Si tu m’as vu ſaigner, tu me peux voir mourir,
La mort eſt un danger que je dois encourir,