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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/67

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LA MORT D’ACHILLE.

Il penſe qu’il m’oblige, & croit le ranimer,
Nous faiſant obtenir le temps de l’inhumer.
Son Eſcuyer m’a dit qu’il me prioit de croire
Qu’il n’avoit point commis une action ſi noire,
Qu’à regret ſon ſerment avoit eſté faußé,
Mais qu’il n’avoit rien fait qu’il ne s’y vit forcé,
Qu’il me prioit d’aller feignant un ſacrifice
Au Temple d’Apollon afin que je le viſſe,
Et là qu’il eſperoit de ſe rendre inocent,
Et digne des regards de ſon Soleil abſent,
Moy cachant ma douleur qui taſchoit de paraiſtre,
Ouy j’iray, çay-je dit, parler à voſtre maiſtre.
Vous pouvez aux cheveux prendre l’ocaſion
De faire maintenant une belle action,
Une belle action ſous l’image d’un crime
Au Temple ou vous attend cette noire victime
Que vous immolerez ſur la tombe d’Hector.


Deiphobe.

Ha ! qu’il meure, ou mourons, conſultons-nous encor ?


Pâris.

Il perira par moy, ſa mort eſt aſſuree,
Les Dieux me l’ont promiſe, & ce bras l’a juree,
De ſon perfide ſang mes fleches rougiront,
Et je feray pallir ſon crime ſur ſon front,